Vincent Calabrese vous initie à sa philosophie horlogère

Publié 13/05/2015 – Rostigraben
Par Damien Gaillet

Vincent Calabrese vous initie à sa philosophie horlogère

Derrière le bijou, le message

Maître horloger de réputation internationale, Vincent Calabrese est connu pour ses réalisations innovantes et audacieuses qui ont fait le tour du monde. À 72 ans, le Napolitain d’origine est bien loin de la petite retraite paisible. Car l’horlogerie, c’est l’histoire de sa vie, sa philosophie quotidienne, le langage qu’il parle tous les jours.

Dans son petit atelier de Morges, le poète de la mécanique de précision continue aujourd’hui d’assouvir sa passion; celle de relever des défis impossibles. Cette soif de création, cette volonté de se surpasser et d’innover sans cesse, ce jeu de tous les jours animent l’horloger depuis toujours.

Car Vincent Calabrese ne crée pas simplement des montres. Pour lui, l’horlogerie dépasse la finalité de l’objet. Ce qui importe avant tout, c’est le message que livrent ses bijoux. Un message universel bien plus fort que les milliers de montres qui se vendront encore après lui.

Ce qu’il souhaite transmettre, c’est l’envie de sortir des sentiers battus, de dépasser les contraintes imposées, d’oser prendre des risques, de se donner les moyens de réaliser ce qui nous attire, de se réaliser soi-même.

Une vie de défis

La philosophie de l’horloger est à l’image de sa vie : une perpétuelle croisade contre les idées reçues et les violences symboliques de l’autorité établie, une quête d’harmonie entre ses convictions intimes, ses revendications et son travail d’artisan.

A bien des égards, le parcours de Vincent Calabrese pourrait inspirer de nombreux films ou romans. Pas d’écoles prestigieuses ni de célèbres mentors pour guider le jeune Italien. C’est dans les rues de Naples qu’il apprend le métier, à 13 ans déjà.

Après un trop bref passage à l’école, Vincent trouve une place d’apprenti dans une petite maison horlogère napolitaine. Il achète ses premiers outils et profite de deux petits mois de formation avant que son patron ne réembauche l’apprenti qui l’avait quitté quelques mois plus tôt. Coup du sort.

Mais l’horloger en herbe y voit l’opportunité de se mettre à son compte – à 13 ans – et de proposer ses services dans les rues napolitaines. Et à force de réparer les montres, celles-ci lui livrent leurs secrets les plus intimes et complexes.

Un nouveau départ

Ce n’est qu’à 18 ans qu’il débarque en Suisse, au Locle. Il trouve alors du travail dans diverses entreprises en qualité d’horloger et accumule expérience et expertise. Si bien qu’il se retrouve à gérer un commerce d’horlogerie à Crans-sur-Sierre 5 ans durant.

Mais Vincent prend aussi du recul sur sa vie et son métier. Certes, il aime son travail. Mais il ne lui suffit plus. Réparer ou travailler à la chaîne n’est pas créer. Et l’envie de façonner ses propres montres, de concevoir différemment, d’oser entreprendre ses idées qui paraissent impossibles le taraude depuis trop longtemps.

À 33 ans, il retrouve l’étincelle ! Dans son petit studio lausannois qui lui sert aussi d’atelier, Vincent travaille depuis plusieurs mois à la réalisation de son premier mouvement, une montre unique d’un nouveau genre, qui lui vaudra en 1977 la médaille d’or du Salon des Inventions à Genève. En autodidacte, il montre que « quand on veut, on peut ».

La révolution des spatiales

Plus de cadran, plus de boîtier, plus de chiffres. Le créatif veut faire sortir les montres de leurs cercueils pour ne garder que le cœur de la mécanique, le vrai bijou de l’horlogerie. Des rouages suspendus dans l’air, immobilisés entre deux verres, qui animent deux aiguilles perdues dans l’espace.

La “spatiale“ de Vincent Calabrese prouve que l’horlogerie peut toujours se réinventer, casser les schémas prédéfinis, innover, tenter l’impossible et nous épater de la complexité et la précision de sa mécanique. Et les amateurs de haute horlogerie ne s’y sont pas trompés.

Le premier mouvement conçu par l’Italien est devenu un véritable fleuron du métier et a permis à Corum de donner naissance à la fameuse “Golden Bridge“, l’une des plus vendues au monde.

Un travail de pionnier

Le succès de son premier bébé fortifie sa volonté de repousser les frontières de l’horlogerie. Engagé par de prestigieuses maisons horlogères, Vincent peut enfin se consacrer entièrement à la création de nouvelles montres. Il a enfin le temps, les moyens et l’inspiration pour réinventer l’horlogerie.

Il établit alors des principes mécaniques et physique totalement inédits, il conçoit de nouveaux tourbillons, utilise des matériaux jusque-là inexploités, repense l’horlogerie et notre façon de lire le temps. Il fabrique personnellement chacun de ses prototypes en créant de nouveaux mouvements et gère ensuite toute la production en industrie.

Travailleur acharné qui s’impose sans cesse de nouveaux défis, Vincent Calabrese a déposé à ce jour pas moins de 36 brevets et produit des dizaines de modèles innovants.

Partager sa philosophie

Ne dîtes pas que Vincent est un génie, il n’aime pas cet épithète. Très humblement, il considère avant tout que c’est la détermination et la ténacité à travailler sans relâche qui lui ont permis de réaliser ses oeuvres.

Alors plutôt que de former des apprentis ou des disciples, le philosophe de l’horlogerie a préféré fonder en 1985 l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI) qui regroupe aujourd’hui des artisans horlogers du monde entier. Le meilleur moyen d’échanger avec – non pas des concurrents mais – des collègues qui partagent la même passion.

C’est donc bien un message plus qu’une trace tangible que veut laisser Vincent. Derrière chacune de ses montres, il y a certes un savoir-faire et un travail impressionnant. Mais il y a surtout la preuve que l’être humain est capable d’accomplir ce qu’on n’ose imaginer.

Vincent Calabrese nous invite donc à croire en notre potentiel, à ne pas avoir peur de vouloir réaliser de grandes choses, à oser sortir du cadre existant et à relever ensemble les défis qui nous font rêver. Car comme il le dit si bien : « il est plus facile de se battre contre les autres que contre soi-même puisqu’on ne peut mentir qu’aux autres, pas à soi-même ». Alors osons la difficulté !

Découvrez les « Poésies mécaniques » de Vincent Calabrese sur son site internet.

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