Complications le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain

Publié 09/2008 – WorldTempus Swiss Watch Authority
Par Michel Jeannot & Wei Koh

Complications
le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain

— Et pourtant il tourne ! En une minute exactement…

Ainsi donc, tout aurait été inventé en horlogerie ? Le monde se serait arrêté, le temps aurait été suspendu au milieu du XIXème siècle après le dynamitage méthodique des frontières de l’innovation par le grand Abraham-Louis Breguet. Ainsi donc, la haute horlogerie ne se résumerait aujourd’hui qu’à une affaire de cosmétique, de formes et de proportions. (Trop ?) souvent entendue, cette sentence péremptoire ignore superbement les travaux de milliers de chercheurs (horlogers, ingénieurs, métallurgistes, chimistes, etc.) et de laboratoires de pointe qui oeuvrent au quotidien pour que la montre de demain ne ressemble en rien – en premier lieu par ses performances – à la montre d’aujourd’hui. Et pour qui veut se donner la peine d’analyser le phénomène de près, le pouls de l’horlogerie bat au rythme d’une innovation soutenue. L’année 2008 ne fera pas exception. Présenté ce printemps, le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain ouvre une ère nouvelle pour cette complication trop longtemps délaissée et souvent dénigrée. Wei Koh, le fondateur du magazine Revolution à Singapour, ne s’y est pas trompé.

Le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain met fin à une querelle vieille comme son Tourbillon. Cette pièce d’exception n’est pas seulement une montre, mais également le symbole éclatant de la modernité et du savoir-faire de la Manufacture.
Dans “ L’homme des hautes plaines ”, le western de Clint Eastwood, une fine gâchette connue sous le nom de l’Étranger arrive dans la ville de Lago, en Arizona, pour se venger de ses habitants. Il exerce une vengeance faustienne, d’une brutale efficacité, avec un but précis dont il ne se détourne jamais, à la manière d’un prédateur. Bien que le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain n’incarne pas la vengeance sous les traits d’un porte-flingue, il remet cependant les pendules à l’heure et inaugure une nouvelle ère pour cette complication qu’est ce “ super carrousel ”. Marc A. Hayek, CEO de la marque, s’en amuse aujourd’hui: “ Au-delà de la réussite technique que constitue ce modèle, nous tenons là une amusante revanche sur l’histoire et sur les spécialistes autoproclamés qui avaient affirmé, à tort, que notre tourbillon exclusif était un carrousel. ” A bien des égards le Carrousel Volant Une Minute est beaucoup plus qu’une montre : il est le symbole de l’orientation à venir de Blancpain, l’incarnation de la maturité de la marque et de l’assurance qu’elle a acquise sous la direction de Marc A. Hayek.

Aujourd’hui, Blancpain est une marque exceptionnelle. Son ancien slogan marketing, “ La plus ancienne manufacture horlogère du monde ”, a été abandonné au profit d’un incontestable niveau d’excellence technique et de conception qui a repositionné la marque au faîte de la haute horlogerie contemporaine. Le mérite en revient à Marc A. Hayek, son CEO. Il a non seulement su associer avec succès les valeurs traditionnelles de Blancpain, nichées au coeur de la Vallée de Joux, et une vision sans compromis de l’horlogerie moderne. En témoignent notamment les remarquables et remarqués Tourbillon Transparence dans l’univers de la complication ou la nouvelle Fifty Fathoms dans des eaux plus profondes. En parallèle, Blancpain a su se mettre à l’écoute des collectionneurs et agir avec une précision chirurgicale pour satisfaire leurs attentes, voire davantage.

Présenté officiellement ce printemps, le Carrousel Volant Une Minute est le symbole évident du renouveau de Blancpain. Il réunit une nouvelle fois la marque du Brassus et une légende de l’horlogerie, Vincent Calabrese ; il clôt définitivement le débat lancé par ceux qui estimaient que les tourbillons de Blancpain étaient des carrousels ; enfin, il élève la complication carrousel à un niveau sans précédent en termes de chronométrie.

Quelle est donc l’histoire exacte de cette montre ? La voici, en quelques mots… En 1989, Blancpain, en collaboration avec le maître-horloger Vincent Calabrese, a présenté l’un des premiers tourbillons du monde sur une montre-bracelet. Car si les tourbillons sont aujourd’hui monnaie courante, en 1989, seuls quelques manufactures tentaient de redonner vie à cette noble complication. À l’exception d’Audemars Piguet, de Girard-Perregaux et de Franck Muller, bien peu d’horlogers ont alors osé s’aventurer sur ce territoire élitiste. Blancpain a choisi de franchir le pas du tourbillon avec audace, assurance et originalité. Son tourbillon était le plus fin du monde, tout en proposant une incroyable réserve de marche de huit jours.

Pour obtenir un mouvement aussi fin, Vincent Calabrese et Blancpain avaient décidé de prendre un peu de distance avec l’interprétation classique du tourbillon telle que proposée par Breguet, laquelle plaçait le balancier au centre de la cage. Chez Blancpain, le balancier était excentré, laissant penser à certains observateurs critiques – mais mal informés – qu’il s’agissait d’un carrousel. Or la distinction entre tourbillon et carrousel tient moins à la position du balancier qu’à la technique d’impulsion. Dans tous les tourbillons (à deux ou trois exceptions connues et anciennes), la roue d’échappement n’est entraînée qu’au moment où la cage mobile tourne. Ce faisant, la cage mobile d’un tourbillon est partie intégrante du rouage. En revanche, la roue d’échappement d’un carrousel est entraînée par le rouage, la cage mobile ayant uniquement le rôle de support tournant de l’échappement. En effet, si l’on déconnecte l’entraînement de la cage, la montre continue de fonctionner. Ce qui explique que dans un carrousel la cage mobile n’est pas un composant du rouage.

Cela paraît simple, mais force est de constater qu’en 1989 rares étaient ceux qui avaient saisi la différence fondamentale entre tourbillon et carrousel. C’est pourquoi quelques âmes en mal de discours continuèrent à pontifier et à déclarer que le tourbillon de Blancpain était un carrousel. Sourire au coin des lèvres, Marc A. Hayek se souvient : “ L’idée de notre nouveau Carrousel Volant Une Minute trouve effectivement son origine dans le fait qu’en 1989, après le lancement de notre tourbillon, nous avons été la cible de critiques non fondées, selon lesquelles notre montre n’était pas un tourbillon, mais bel et bien un carrousel, au vu de la position du balancier par rapport à la cage. On fait aujourd’hui la démonstration que cette vision des choses était totalement fausse. C’est donc dans ce but que nous avons décidé de remettre les pendules à l’heure et de créer un vrai carrousel. Mais il fallait aller plus loin : il ne pouvait s’agir d’un simple carrousel, ce devait être une réalisation totalement innovante. Ainsi, nous avons cherché à réaliser le premier carrousel de l’histoire de l’horlogerie avec une cage réalisant une rotation complète en une minute. Outre qu’il s’agit également du premier carrousel pour montre-bracelet au monde, nous nous sommes amusés à placer le balancier au centre de la cage. ” Vincent Beccia, le dynamique constructeur mouvement chez Blancpain, enchaîne: “ Nous souhaitions que les amateurs regardent la montre et disent : “Blancpain a enfin créé un vrai tourbillon !”, pour pouvoir leur répondre : “Non, il s’agit en fait d’un indiscutable carrousel ! ”

Mais qu’est-ce qu’un carrousel, au juste ? Cette complication a été créée en 1892 par Bahne Bonniksen, horloger danois installé à Londres. Dans ce système, le mobile de petite moyenne a une double fonction qui provoque un effet de différentiel. Bonniksen était obsédé par la précision. Son objectif, similaire à celui d’Abraham-Louis Breguet, était de placer tous les composants de régulation de sa montre dans une cage pivotant sur son propre axe. En 1892, il a déposé un brevet pour le carrousel, qui différait du tourbillon de Breguet par le fait qu’il se passait de l’obligation de la roue fixe et se servait de deux entraînements différenciés, l’un actionnant l’échappement, l’autre la cage. En terme de fonctionnement, les carrousels de Bonniksen donnèrent satisfaction puisque plusieurs montres remportèrent des prix de chronométrie. Mais Bonniksen avait également créé le carrousel dans le but de proposer une alternative plus abordable au tourbillon ; or il n’y est pas parvenu. Bonniksen imaginait que son carrousel serait plus facile à régler que la cage délicate d’un tourbillon. La réalité montra que son système était encore plus difficile à équilibrer correctement. A cela s’ajoute le fait que la rotation lente du carrousel le rendait esthétiquement moins intéressant que le tourbillon. Autant de raisons qui expliquent pourquoi la complication carrousel a été largement ignorée dans l’histoire de l’horlogerie moderne, d’autant que les velléités “ d’économies ” de son inventeur ont valu au carrousel la réputation d’être moins raffiné que le tourbillon.

LE PREMIER CARROUSEL VOLANT UNE MINUTE AU MONDE

Aujourd’hui, tout est différent. Avec le lancement cette année de son Carrousel Volant Une Minute, la Manufacture Blancpain est clairement parvenue à élever les performances de la complication carrousel à un niveau jamais atteint jusqu’alors. Aux dires de Vincent Beccia et de Vincent Calabrese, les performances obtenues pour leur Carrousel en font une pièce d’horlogerie plus efficace qu’un tourbillon traditionnel. Vincent Beccia revient sur les points communs et les différences essentielles entre un tourbillon et un carrousel :
“ On l’a compris, tourbillon et carrousel ont en commun de compenser les effets de la gravitation sur la marche du mouvement. En faisant tourner sur lui-même – dans une cage – l’ensemble de l’organe réglant, le mouvement compense par lui-même les effets néfastes de la gravitation; il agit ainsi comme un véritable régulateur du temps. Excepté ces similitudes, des différences fondamentales distinguent les deux principes dans la manière de réaliser cette régulation. Dans le cas du tourbillon, la cage est reliée au barillet à travers un unique train de rouages. Ce qui signifie qu’en cas d’arrêt de cette connexion mécanique, le tourbillon cesse lui aussi de tourner. Tandis que le carrousel est, lui, relié au barillet par deux trains de roues. Le premier amène l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’échappement, le second contrôle la vitesse de rotation de la cage. La différence entre les deux systèmes consiste donc en une construction plus étudiée et plus riche en composants pour le carrousel ”.

Cela dit, Blancpain a déposé un brevet sur le mécanisme présenté ce printemps. Car, outre le fait qu’il ressuscite cette complication non exploitée depuis des décennies, le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain va beaucoup plus loin que celui inventé par Bonniksen. Si ce dernier ne portait aucune attention à la vitesse de rotation qui pouvait atteindre vingt-sept ou encore quarante-deux minutes suivant le modèle, la Manufacture a pris le parti de développer un système de contrôle complet du différentiel. Jusqu’ici, le système de différentiel qui régule la rotation de la cage du carrousel n’avait pas fait l’objet de recherches approfondies. En élaborant – et en brevetant – un système qui lui assure un tour en 60 secondes exactement, Blancpain apporte une contribution décisive à l’histoire de cette complication.

“ Nous nous sommes imposés cette lourde contrainte de faire tourner la cage en une minute pour véritablement accroître les performances et améliorer la dynamique visuelle du carrousel, précise Vincent Beccia. Comme nous voulions que notre cage fasse un tour par minute, nous avons dû accroître considérablement la vitesse de notre roue de seconde. Dans cette perspective, nous sommes particulièrement satisfaits d’être parvenus à conserver à ce calibre 100 heures de réserve de marche ”.

Quels sont les avantages du système carrousel ? Vincent Beccia explique : “ T out d’abord, l’énergie se diffuse mieux. ” Ainsi, dans un tourbillon traditionnel, lorsque l’apport d’énergie décroît, la montre perd rapidement en précision car le train de rouages s’efforce de surmonter l’inertie de la cage du tourbillon, relativement plus importante que celle d’une montre classique. Dans le carrousel Blancpain, cette même énergie est transmise plus équitablement au balancier et à la cage, entraînant ainsi une perte d’amplitude moins importante, même si l’apport d’énergie décroît. Vincent Calabrese ajoute : “ D ans un tourbillon, le point d’engrènement entier se situe entre la roue fixe et le pignon d’échappement or, puisque un des points est fixe et l’autre sujet à la force de gravité, iI est très difficile d’obtenir un degré d’entrainement parfait. Dans le carrousel, comme dans toutes montres classiques, les deux points d’engrènement étant fixes, on acquiert les avantages du système tournant sans en prendre les inconvénients. ”

Autre raison de se réjouir : le modèle Carrousel Volant Une Minute marque le retour de Vincent Calabrese comme collaborateur à plein temps chez Blancpain. Il travaille désormais aux côtés de Vincent Beccia, l’un des esprits les plus brillants de l’horlogerie actuelle. Ce Carrousel Volant Une Minute marque ainsi l’union de ces deux remarquables talents et il va certainement s’arroger une valeur historique. Car comme le répète Marc A. Hayek, “ il s’agit ni plus ni moins de la première montre-bracelet au monde à disposer d’un carrousel volant une minute ; et nous en sommes très fiers. ” Il y a de quoi, estimaient les connaisseurs à l’issue de Baselworld 2008.

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